Épisode 1/4

Dessin Frédéric PajakStand-by, épisode 1

Lorsqu’un volcan dans la région de Naples entre en éruption, un prodigieux nuage de cendres paralyse l’Europe. Sur le point de s’envoler pour New York depuis Paris, Alix Franzen doit revoir ses plans. Au Monténégro, Nora, Vasko et Virgile, trois adolescents, se retrouvent sans adultes et découvrent l’indépendance, grisante et inquiétante. Au même moment, une équipe de jeunes Européens qui accomplissent leur Service climatique obligatoire reste bloquée au cœur du Groenland, loin de tout secours.

Voici le récit des premières vingt-quatre heures qui suivent l’éruption.

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Extrait

« Il est 3h du matin, le milieu d’une nuit d’octobre au Groenland. La baie de Melville, côté Canada, est peut-être striée de reflets bleu profond. À soixante kilomètres de la côte ouest, les lumières de Clim Camp clignotent. Dans cette base affrétée par le Service climatique européen, des jeunes hommes et femmes venus de tout le continent effectuent leur quota de jours obligatoire, sous la houlette d’un instructeur agréé. Cette année, ils sont cinq à avoir passé l’automne à Clim Camp, rejoints il y a dix jours par un autre groupe, ceux de Summit, eux aussi en fin de mission. Tout le monde est regroupé pour attendre l’avion qui doit les ramener à la maison.

Cela fait des semaines qu’aucun d’eux n’a pris de vraie douche. Deux ou trois fois par semaine, ils remplissent une bassine de neige qu’ils font fondre sur le réchaud au propane, et ici-même, dans l’intimité de la tente T2, entre les réserves de nourriture – caisses jaunes – et le matériel – caisses grises –, ils se lavent comme ils peuvent. Trempent leur gant de toilette dans la bassine, frottent, calment les tremblements du corps poisseux exposé à l’air piquant. Cette nuit d’octobre, à 3h du matin – c’est-à-dire 7h à Naples, Kotor ou Paris –, on vise un meilleur standing.

Ils ont déniché la cuve sous une bâche et sous plusieurs kilos de couvertures. Ce n’est pas exactement une baignoire, même si elle en a la forme et la profondeur. Elle a pu servir à stocker des échantillons de glace, abreuver des veaux de mer, mijoter une immense soupe de pommes de terre. Éole y verse sa quinzième casserole d’eau frémissante et commence à rire tout seul, ivre et nerveux – ils sont peut-être bien en train de faire une connerie. Tant pis, ils en ont trop envie, ils vont s’offrir un bain de minuit au Groenland. »